Keynésiens, libéraux, souverainistes : ce que disent les économistes

Un même chiffre se lit différemment selon l’école de pensée économique. Chaque programme est cohérent dans le cadre théorique qui l’inspire, et contestable dans les autres. Voici ces cadres, puis ce qu’en disent les économistes, avis par avis.

À retenir

  • Le débat porte sur le sens de la causalité : la dette se réduit-elle d’abord par moins de dépenses, par plus de recettes ou par plus de croissance ?
  • Les commentaires publiés visent surtout Le Pen et Mélenchon, parce qu’ils ont chiffré leurs programmes.
  • Le rendement de la taxe Zucman va de 5 à 25 milliards d’euros selon les économistes.

Six écoles de pensée

École Idée centrale Lecture de la situation Programmes les plus proches Objection principale des autres écoles
Keynésienne La dépense publique soutient la demande ; couper en période de faible croissance réduit le PIB La croissance est trop faible pour un ajustement rapide Mélenchon, Roussel ; en partie Glucksmann et Tondelier Quand les taux dépassent la croissance, la relance coûte plus qu’elle ne rapporte
Libérale, économie de l’offre La croissance vient de l’investissement privé et du travail ; baisser dépenses et impôts de production libère l’activité La France a la dépense publique la plus élevée de la zone euro Philippe, Retailleau, Attal ; Le Pen pour les impôts de production Les gains de croissance sont lents et incertains, l’effet récessif des coupes est immédiat
Fondée sur les règles Des règles budgétaires stables créent la confiance et font baisser les taux La hausse des taux est d’abord un problème de crédibilité Toutes les « règles d’or » : Philippe, Attal, Retailleau, Le Pen Une règle sans majorité pour l’appliquer ne crée pas de crédibilité ; elle peut empêcher d’investir
Redistributive Les très hauts patrimoines sont sous-imposés ; les taxer rapporte sans nuire à la croissance Le déficit vient en partie des baisses d’impôts récentes Glucksmann, Tondelier, Mélenchon, Roussel L’assiette est mobile : exil et optimisation peuvent réduire le rendement
Monétaire hétérodoxe Un État qui maîtrise sa banque centrale ne peut pas faire défaut ; la vraie limite est l’inflation La contrainte vient du cadre de l’euro Mélenchon (rôle demandé à la BCE) Dans l’euro, la France n’émet pas sa monnaie ; les traités interdisent le financement monétaire
Souverainiste Protéger la production nationale et récupérer des marges sur l’Europe et l’immigration Les contraintes viennent de l’extérieur et peuvent être renégociées Le Pen, Zemmour ; Ruffin et Roussel pour le protectionnisme Les partenaires peuvent refuser ; le protectionnisme peut renchérir les coûts

Chaque école a des exemples historiques qui lui donnent raison, et d’autres qui lui donnent tort.

Ce que disent les économistes

Chaque avis est attribué à son auteur ; aucun ne fait consensus.

Sur le programme de Marine Le Pen

  • Alain Trannoy critique sévèrement le programme, tout en saluant l’effort de transparence ; il propose que tous les candidats soumettent leur chiffrage au Haut Conseil des finances publiques (JDD, 11 octobre 2026).
  • Nathalie Janson relève que le plan ne mesure pas l’effet d’une baisse de l’immigration sur le marché du travail (franceinfo).
  • La Grande Conversation, revue liée au think tank Terra Nova (centre gauche), estime l’ajustement réel plus proche de 190 que de 140 milliards, une fois les baisses d’impôts intégrées (lien).
  • Le RN répond qu’il ne s’agit pas d’un plan d’austérité et que sa trajectoire enverra un signal de fiabilité aux marchés.

Sur les programmes de Le Pen et Mélenchon

Sur la droite et le centre

  • Anthony Morlet-Lavidalie (Rexecode, institut proche des entreprises) juge Philippe, Attal et Retailleau les plus à même de rassurer les marchés, mais aucun suffisant pour redresser les comptes et la croissance ; il doute aussi de leur capacité à appliquer leurs mesures (JDD).

Sur la taxe Zucman

  • Gabriel Zucman estime le rendement à 15 à 25 milliards d’euros par an ; Philippe Aghion et Xavier Jaravel tablent plutôt sur 5 milliards après optimisation et départs (L’Essentiel de l’éco).
  • Une note du Conseil d’analyse économique juge l’exil fiscal réel mais limité, et son effet sur l’activité faible (Public Sénat).
  • Les écarts tiennent surtout à l’assiette : inclure ou non les biens professionnels, tenir compte ou non de l’impôt sur les sociétés déjà payé.

Sur le contexte

  • Le FMI prévient que restaurer la confiance dans la dette française prendra du temps (Echos Plus).
  • Le COR rappelle que les dépenses de retraite restent stables en part de PIB jusqu’en 2045 ; jusque-là, le déficit vient surtout de ressources qui baissent (COR).

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À propos de ce dossier

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Dernière mise à jour : 26 octobre 2026.