La Déclaration de 1789 proclame l’égalité en droits, pas l’égalité des fortunes, et elle fait même de la propriété un droit « inviolable et sacré ». Dès la Révolution, certains y voient une contradiction : que vaut l’égalité politique entre celui qui possède tout et celui qui n’a rien ? Cette question n’a jamais été refermée.
À retenir
- La Déclaration protège la propriété à l’article 17 et ne prévoit aucune égalité des richesses.
- Dès 1796, Babeuf et les « Égaux » réclament une égalité réelle, et non plus seulement légale.
- Le débat oppose aujourd’hui l’efficacité économique, la justice et la stabilité démocratique.
Ce que dit la Déclaration de 1789
La Déclaration ne parle de richesse que de façon indirecte. L’article 2 range la propriété parmi les droits naturels. L’article 17 la dit « inviolable et sacrée ». L’article 13 répartit l’impôt « en raison des facultés », ce qui reconnaît des écarts de moyens.
Le texte n’interdit donc pas les inégalités économiques. Mais l’article 1er impose que les distinctions sociales répondent à « l’utilité commune ». Toute la discussion ultérieure se joue entre ces articles. Sur la portée du droit de propriété, voir notre dossier sur la propriété privée.
Une tradition ancienne
Dans le Contrat social, Rousseau réclame qu’aucun citoyen ne soit « assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre ». L’enjeu est politique : trop d’inégalité économique détruit l’égalité civique.
En 1796, le Manifeste des Égaux, lié à la conjuration de Babeuf, affirme que l’égalité de droit ne suffit pas. Au XIXe siècle, Proudhon, Marx puis Jaurès prolongent cette critique, avec des réponses très différentes. Pour les courants marxistes, l’égalité réelle passe par la propriété collective. Pour le libéralisme classique, elle passe par l’égalité des règles.
Les grands instruments français
| Date | Instrument | Effet recherché |
|---|---|---|
| 1914 | Impôt sur le revenu | Faire contribuer selon le revenu |
| 1945 | Sécurité sociale | Protéger contre les risques de la vie |
| 1950 | Salaire minimum (SMIG, devenu SMIC en 1970) | Fixer un plancher de rémunération |
| 1967 | Participation dans les entreprises | Associer les salariés aux résultats |
| 1982-2018 | Impôt sur la fortune, puis IFI | Imposer les plus hauts patrimoines |
| 1988 | Revenu minimum d’insertion, devenu RSA | Garantir un revenu aux plus pauvres |
Revenus et patrimoine : deux inégalités différentes
Les inégalités de revenus sont nettement réduites en France par la fiscalité, les prestations et les services publics. Celles de patrimoine sont beaucoup plus marquées, et l’héritage y joue un grand rôle.
C’est la thèse de Thomas Piketty dans Le Capital au XXIe siècle (2013) : lorsque le rendement du capital dépasse durablement la croissance, les fortunes héritées prennent le pas sur le travail. Cette thèse est largement discutée par les économistes, notamment sur la mesure et le rôle de l’immobilier.
Trois positions
- Priorité à la création de richesses. Une fiscalité trop lourde décourage l’investissement et fait fuir les capitaux. Mieux vaut élever le niveau général, quitte à accepter les écarts.
- Priorité à la redistribution. Les écarts extrêmes menacent la cohésion et la démocratie. L’impôt et l’héritage doivent les limiter, comme le propose la taxe Zucman sur les très hauts patrimoines.
- Priorité à la répartition initiale. Avant de corriger, agir sur les salaires, le partage de la valeur et la démocratie d’entreprise.
Le Conseil constitutionnel apporte une limite : l’impôt ne doit pas avoir de caractère confiscatoire (L’égalité devant l’impôt). Ce débat est central dans la campagne de 2027 (Économie et finances publiques).
Pour aller plus loin
Dernière mise à jour : 30 octobre 2026.