La Déclaration de 1789 n’abolit pas les différences sociales. Elle en fixe la condition : elles doivent être fondées sur « l’utilité commune ». Toute la question de l’égalité sociale tient dans ces deux mots. Qui décide de ce qui est utile, et à partir de quel écart une différence de conditions cesse-t-elle d’être acceptable ?
À retenir
- L’article 1er de la Déclaration tolère des distinctions sociales si elles servent l’utilité commune.
- Le Préambule de 1946 ajoute des droits sociaux : santé, sécurité matérielle, repos, loisirs.
- L’espérance de vie reste un révélateur : les écarts entre les plus aisés et les plus modestes atteignent 13 ans chez les hommes.
Ce que dit la Déclaration de 1789
L’article 1er se termine ainsi : « Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune. »
La phrase est d’abord dirigée contre les ordres de l’Ancien Régime. Elle n’exige pas l’égalité des conditions : la Déclaration protège d’ailleurs la propriété à son article 17. Mais elle renverse la charge de la preuve : une inégalité n’est plus légitime par elle-même, elle doit se justifier.
Cent cinquante ans plus tard, le Préambule de 1946 va plus loin. La Nation garantit à tous, « notamment à l’enfant, à la mère et aux vieux travailleurs, la protection de la santé, la sécurité matérielle, le repos et les loisirs ».
Ce que recouvre l’égalité sociale
L’expression désigne l’égalité dans les conditions de vie, au-delà du seul revenu.
| Domaine | Instrument | Question posée |
|---|---|---|
| Santé | Assurance maladie, Protection universelle maladie | L’accès aux soins suffit-il à réduire les écarts ? |
| Logement | Loi SRU de 2000, droit au logement opposable de 2007 | Le droit est-il effectif là où l’offre manque ? |
| Temps libre | Congés payés de 1936 | Le repos est-il partagé ? |
| Culture | École, bibliothèques, service public audiovisuel | L’offre touche-t-elle tous les publics ? |
| Protection | Minima sociaux, assurance chômage | Quel filet de sécurité ? |
Des écarts qui restent mesurables
L’indicateur le plus frappant est sans doute l’espérance de vie. L’Insee a établi en 2018 que les 5 % d’hommes les plus aisés vivent en moyenne 13 ans de plus que les 5 % les plus modestes. Pour les femmes, l’écart est de 8 ans. La France dispose pourtant d’un système de santé parmi les plus ouverts : les revenus, le travail, l’alimentation et le territoire pèsent aussi.
Les inégalités sociales se transmettent. La pauvreté se mesure en France par un seuil relatif, fixé à 60 % du niveau de vie médian : elle dépend donc de la distribution d’ensemble, et pas seulement du revenu des plus modestes.
Trois lectures politiques
La lecture libérale. Les écarts de conditions sont acceptables s’ils résultent de choix libres et de règles communes. La pauvreté absolue doit être combattue, mais pas l’inégalité en tant que telle. Friedrich Hayek jugeait même la « justice sociale » dépourvue de sens dans une société de marché.
La lecture sociale-démocrate. L’État doit corriger les écarts par la redistribution et les services publics. John Rawls en donne une version philosophique : les inégalités ne sont justes que si elles profitent aussi aux plus défavorisés.
La lecture socialiste. Les écarts sont liés à la structure même de l’économie. Les réduire suppose de transformer la propriété et les rapports de travail, et pas seulement de corriger après coup. Le site y consacre une série sur les modèles de société.
Les débats
- Assistance ou droit ? Faut-il conditionner les minima sociaux à des contreparties ? Le sujet divise la droite et la gauche.
- Prestations ou services publics ? Faut-il verser plus d’argent ou offrir plus de services gratuits ?
- Quel seuil de tolérance ? Une société peut-elle s’accommoder de la richesse si la pauvreté recule, ou l’écart lui-même abîme-t-il la cohésion ?
Pour aller plus loin
Dernière mise à jour : 30 octobre 2026.