La solidarité nationale : quand la fraternité devient une obligation

On ne peut pas obliger quelqu’un à aimer son voisin. On peut en revanche l’obliger à cotiser. La solidarité nationale est la réponse française à la difficulté de la fraternité : elle transforme un sentiment en institution. La Déclaration de 1789 n’en dit rien, mais ses auteurs y pensaient déjà, et les révolutionnaires de 1793 l’écriront noir sur blanc.

À retenir

  • La Déclaration de 1789 ne prévoit pas d’assistance, mais elle crée une contribution commune à l’article 13.
  • Dès 1793, les secours publics sont qualifiés de « dette sacrée » ; le Préambule de 1946 consacre la solidarité.
  • Le débat oppose le droit à l’assistance, la responsabilité individuelle et le coût pour les finances publiques.

Ce que dit, et ne dit pas, la Déclaration de 1789

La Déclaration de 1789 n’établit aucun droit aux secours. Elle ne prévoit qu’une « contribution commune », à l’article 13, pour la force publique et l’administration. Mais ce mécanisme contient déjà l’idée que chacun contribue selon ses moyens à ce qui sert à tous.

Le pas suivant est franchi vite. La Constitution de 1791 annonce un établissement général de secours publics. La Déclaration de 1793 affirme à son article 21 que « les secours publics sont une dette sacrée ». La société doit la subsistance aux citoyens malheureux, en leur procurant du travail ou en assurant les moyens d’exister à ceux qui ne peuvent pas travailler.

De la charité au droit

Date Étape Ce qui change
1848 Constitution de la IIe République L’« assistance fraternelle » devient un devoir de la République
1896 Solidarité, de Léon Bourgeois Une doctrine : chacun a une dette envers la société
1898 Loi sur les accidents du travail Le risque devient collectif
1910 Retraites ouvrières et paysannes Une première assurance vieillesse
1945 Sécurité sociale La solidarité devient un système
1946 Préambule Droit de recevoir de la collectivité des moyens convenables d’existence
1988 Revenu minimum d’insertion Un filet de sécurité général
2004 Journée de solidarité Une réponse à la canicule de 2003
2008 Revenu de solidarité active Le RSA remplace le RMI

La pensée du solidarisme

La notion de solidarité n’est pas née à gauche. Le sociologue Émile Durkheim, dans De la division du travail social (1893), montre que les sociétés modernes tiennent par l’interdépendance des fonctions. Léon Bourgeois, président du Conseil radical, en tire une doctrine politique : chacun naît débiteur des générations passées et de ses contemporains. L’impôt et l’assurance ne sont donc pas une charité, mais le remboursement d’une dette.

Cette idée offre une troisième voie entre le libéralisme pur et le socialisme. Elle fonde encore largement le modèle social français.

Les débats

  • Droits et devoirs. Depuis 2025, le RSA s’accompagne d’une inscription obligatoire comme demandeur d’emploi et d’un engagement à un accompagnement. Pour les uns, c’est une contrepartie légitime. Pour les autres, c’est une conditionnalité qui stigmatise.
  • Non-recours. Une part importante des personnes éligibles ne demande pas ses droits, ce qui nuance le discours sur l’assistanat.
  • Le coût. La protection sociale représente environ un tiers de la richesse nationale. Son financement est au cœur de la question budgétaire (Situation budgétaire).
  • Le périmètre. La solidarité s’arrête-t-elle aux Français ? La « priorité nationale » soutenue par le Rassemblement national pose directement la question (Immigration).
  • Revenu universel. Faut-il verser une somme à tous, sans condition ? Le débat revient régulièrement. Le site y a consacré un article, Le Revenu de Base.

Pour aller plus loin

Dernière mise à jour : 30 octobre 2026.