« Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » : en 1789, le mot ne vise pas l’humanité entière dans les faits, puisque les femmes restent privées de droits politiques. Il faudra plus de 150 ans pour qu’elles votent, et jusqu’en 1965 pour qu’une femme mariée puisse travailler sans l’accord de son mari. L’égalité est désormais écrite. Reste à la faire entrer dans les salaires, les carrières et le partage des tâches.
À retenir
- La Déclaration de 1789 n’exclut pas expressément les femmes, mais ne leur accorde ni le vote ni l’égalité civile.
- Le droit a évolué par étapes : vote en 1944, autonomie professionnelle en 1965, égalité salariale en 1972, parité en 2000.
- Le débat porte aujourd’hui sur les écarts de rémunération, les violences et le temps partiel.
Ce que dit la Déclaration de 1789
L’article 1er parle des « hommes », et l’article 6 des « citoyens ». Rien, dans la lettre du texte, n’écarte les femmes. Mais la pratique le fait aussitôt.
Dès 1791, Olympe de Gouges répond par sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, qui réécrit l’article 1er : « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. » Elle est guillotinée en 1793. Son texte reste sans effet juridique, mais il pose la question qui traverse les deux siècles suivants : l’universel de 1789 est-il vraiment universel ?
Le Préambule de 1946 répond clairement : « La loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme. »
Une égalité conquise par étapes
| Date | Étape | Ce qui change |
|---|---|---|
| 1804 | Code civil | La femme mariée doit obéissance à son mari |
| 1938 | Fin de l’incapacité civile de la femme mariée | Elle peut notamment s’inscrire à l’université sans autorisation |
| 1944 | Droit de vote et d’éligibilité | L’égalité politique |
| 1965 | Réforme des régimes matrimoniaux | Une femme mariée peut travailler et gérer ses biens sans l’accord de son mari |
| 1967 | Loi Neuwirth | La contraception est autorisée |
| 1972 | Égalité de rémunération | Un travail de valeur égale doit être payé pareil |
| 1975 | Loi Veil ; divorce par consentement mutuel | La maîtrise de la maternité et de la vie conjugale |
| 1983 | Loi Roudy | L’égalité professionnelle dans l’entreprise |
| 1999-2000 | Révision constitutionnelle et loi sur la parité | L’égal accès aux mandats |
| 2011 | Loi Copé-Zimmermann | Des quotas dans les conseils d’administration |
| 2024 | IVG inscrite dans la Constitution | Une liberté garantie à la femme d’y recourir |
Les inégalités qui persistent
- La rémunération. Les écarts s’expliquent en partie par le temps partiel, les secteurs d’emploi et les carrières interrompues après une naissance. Une part reste inexpliquée, même à poste comparable. L’Insee publie chaque année ces écarts.
- Le partage du temps. Les femmes assurent toujours la majorité des tâches domestiques et parentales, ce qui pèse sur leur carrière puis sur leur retraite.
- Les violences. Féminicides et violences conjugales sont devenus des sujets majeurs de politique publique, depuis notamment le mouvement #MeToo.
- Les retraites. L’effet cumulé de ces écarts se retrouve dans le montant des pensions (Retraites).
Les débats
Quotas ou liberté de choix ? Les partisans des quotas constatent que rien ne bouge sans contrainte. Leurs opposants y voient une atteinte au mérite. Le Conseil constitutionnel a d’ailleurs censuré en 1982 un quota sur les listes municipales, ce qui a rendu nécessaire la révision de 1999.
Égalité ou différence ? Une partie du féminisme revendique le même traitement ; une autre veut reconnaître des situations propres, comme la maternité. L’index d’égalité professionnelle, créé en 2018, a choisi la mesure chiffrée. La directive européenne de 2023 sur la transparence salariale va plus loin, avec une date limite de transposition fixée au 7 juin 2026.
Pour aller plus loin
Dernière mise à jour : 30 octobre 2026.