Ce scénario n’est le programme d’aucun candidat. Il sert d’étalon pour juger les programmes : un effort d’environ 90 milliards d’euros d’ici 2030, étalé, pour revenir sous 3 % de déficit et stabiliser la dette. Tous ses choix sont exposés, pour pouvoir être discutés.
À retenir
- L’effort nécessaire représente environ 3 points de PIB, soit 3 000 euros par foyer et par an, ou 5 % de la dépense publique.
- Un rythme régulier d’environ 30 milliards par an permet de passer sous 3 % en 2030, avec un an de retard négocié avec Bruxelles.
- Le panier retenu combine deux tiers de maîtrise des dépenses et un tiers de recettes ciblées.
Le diagnostic, comme pour un budget familial
Un ménage qui gagne 100 et dépense 105 emprunte chaque année la différence. Sa dette atteint 120 % de son revenu, et ses nouveaux prêts lui coûtent 5 % au lieu de 2 à 3 %. Une différence essentielle avec un ménage : un État n’a pas à rembourser sa dette, seulement à l’empêcher de croître plus vite que ses revenus.
Avec une croissance nominale de 2,5 %, la dette se stabilise vers 3 % de déficit. On part de 5 %, et la charge d’intérêts augmente d’environ 0,3 point par an. L’effort nécessaire est donc d’environ 3 points de PIB, soit près de 90 milliards d’euros.
Le rythme
Hypothèses : déficit de 5 % en 2027, charge d’intérêts en hausse de 0,3 point par an, croissance nominale de 2,5 %.
| Scénario | Effort annuel | Déficit 2029 | Déficit 2030 | Dette au pic | Risque principal |
|---|---|---|---|---|---|
| Ne rien faire | 0 | 6 % et plus | \~6,5 % | 130 % et plus, sans plafond | Crise de financement |
| Choc pour tenir 2029 | \~40 Md€ (1,3 point) | 3,0 % | — | \~123 % | Récession, qui annule une partie de l’effort |
| Rythme régulier (retenu) | \~30 Md€ (1 point) | 3,6 % | 2,9 % | \~123-124 % vers 2029-2030 | Lassitude politique |
Le rythme régulier est retenu pour trois raisons :
- au-delà d’un point de PIB par an, une économie qui croît de moins de 1 % risque la récession, et une partie de l’effort est perdue ;
- la procédure européenne n’a jamais abouti à une amende, et la France y est déjà restée près de dix ans avec des délais renégociés ;
- ce qui fait baisser les taux, c’est la crédibilité de la trajectoire plus que sa vitesse.
Le panier : deux tiers de dépenses, un tiers de recettes ciblées
| Levier | Montant visé en 2030 | Logique |
|---|---|---|
| Stabiliser la dépense publique en volume (hors intérêts) pendant quatre ans | \~55-60 Md€ | Ne pas couper, mais ne plus augmenter au-delà de l’inflation |
| — dont revue des aides aux entreprises (211 Md€ recensés) | \~15-20 Md€ | Garder ce qui crée emploi ou investissement |
| — dont pensions | \~5-8 Md€ | Pensions moyennes et élevées revalorisées un peu sous l’inflation quelques années ; petites pensions protégées |
| — dont santé, collectivités, État | le reste | Gains d’efficacité, non-remplacement ciblé, pas de coupe uniforme |
| Rabot de 10 % des niches fiscales et sociales (plus de 150 Md€ cumulés) | \~15 Md€ | Élargir l’assiette sans relever les taux |
| Contribution des très hauts patrimoines | \~5-10 Md€ | Comptée à l’estimation basse ; assiette encadrée contre l’exil |
| Fraude | \~3-5 Md€ | Volontairement prudent |
| Total | \~90 Md€ |
Bonus non comptés : hausse de l’emploi des seniors et des jeunes, simplification, baisse des taux si la trajectoire convainc. Un point de croissance en plus réduit le déficit d’environ 0,5 point, mais un budget prudent ne repose pas sur une croissance espérée.
Pourquoi ce dosage. La France a déjà la dépense publique la plus élevée de la zone euro (57 % du PIB contre 50 %) et des prélèvements parmi les plus hauts : relever les taux généraux pèserait sur la compétitivité qui finance le modèle social. Les assainissements réussis (Canada et Suède dans les années 1990, Portugal à la fin des années 2010) reposaient surtout sur la maîtrise des dépenses. Mais sans contribution visible des plus aisés et des entreprises aidées, un tel plan serait rejeté.
Ce qui est préservé. L’investissement (défense, transition énergétique, recherche) : le couper améliorerait le déficit aujourd’hui, mais réduirait la croissance de demain.
Les retraites, un sujet de long terme
Le système est presque à l’équilibre aujourd’hui (déficit de 0,2 point de PIB). Le déficit se creuse après 2045 avec la baisse de la natalité : 0,9 point en 2045, 2,4 points en 2070 selon le COR. Quatre leviers existent : l’âge ou la durée, le niveau des pensions par rapport aux salaires, les cotisations, une part de capitalisation. Une piste moins conflictuelle : indexer automatiquement la durée de cotisation sur l’espérance de vie, comme en Suède ou au Danemark, pour fixer la règle une fois plutôt que de la renégocier tous les cinq ans.
Les conditions d’acceptation
- Une durée annoncée : cinq ans, avec des étapes chiffrées et vérifiées chaque année par le Haut Conseil des finances publiques.
- Un effort partagé et visible : État et élus d’abord, puis entreprises aidées, retraités aisés, hauts patrimoines.
- Un socle protégé : minima sociaux et petites pensions hors du gel.
- Une promesse de sortie : une fois sous 3 %, une partie des gains rendue aux ménages, par exemple en baisses de cotisations sur les salaires.
La limite de l’exercice
Le partage deux tiers dépenses, un tiers recettes est un choix : il suit les recommandations de la Commission européenne, du FMI et de la Cour des comptes, et les expériences réussies à l’étranger. Qui privilégie l’égalité mettrait plus de recettes, qui privilégie la compétitivité moins. Les mathématiques ne tranchent pas ce dosage. Elles fixent la taille de l’effort et trois écueils à éviter : le choc brutal, l’attente d’une croissance miraculeuse, et l’espoir que l’Europe ou la BCE paieront à notre place.
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À propos de ce dossier
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Dernière mise à jour : 26 octobre 2026.