L’égalité des chances : « selon leur capacité », mais avec quel point de départ ?

La République a remplacé la naissance par le talent : en 1789, on accède aux emplois publics « selon sa capacité ». C’est la promesse de la méritocratie. Mais si les capacités dépendent déjà du milieu d’origine, le mérite récompense-t-il l’effort, ou l’héritage sous une autre forme ?

À retenir

  • L’article 6 de la Déclaration ouvre les emplois publics aux « vertus » et aux « talents », et non plus à la naissance.
  • L’école de Jules Ferry devait rendre cette promesse réelle pour tous.
  • La sociologie a montré que le capital culturel pèse sur la réussite, et les comparaisons internationales confirment ce lien en France.

Ce que dit la Déclaration de 1789

L’article 6 dispose que tous les citoyens sont admissibles aux emplois publics « selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ».

Le texte vise un privilège précis : la vénalité des charges et les réservations de grades aux nobles. Il n’emploie pas l’expression d’« égalité des chances », apparue bien plus tard. Il pose pourtant l’idée centrale : ce qui doit départager les personnes, c’est ce qu’elles savent faire, et non d’où elles viennent. Le Préambule de 1946 ajoute que la Nation garantit « l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture ».

La promesse par l’école

Date Étape Objectif
1881-1882 Lois Ferry École primaire gratuite, laïque et obligatoire
1959 Scolarité obligatoire jusqu’à 16 ans Allonger le temps commun
1975 Collège unique Un même parcours pour tous les élèves
1981 Zones d’éducation prioritaire Donner plus à ceux qui ont moins
2001 Conventions Sciences Po Une voie d’accès pour des lycées défavorisés
2017 Dédoublement des CP en éducation prioritaire Agir au plus tôt
2018 Parcoursup Une nouvelle procédure d’accès au supérieur

Ce que dit la recherche

En 1964, Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron publient Les Héritiers. Leur thèse : l’école récompense des aptitudes présentées comme naturelles, mais transmises dans la famille, comme l’aisance à l’oral ou la familiarité avec la culture légitime. L’institution transforme ainsi un héritage en mérite.

Les enquêtes PISA de l’OCDE donnent une mesure récente : en France, le lien entre le milieu social et les résultats scolaires compte parmi les plus marqués des pays développés. L’école n’est pas seule en cause. Le logement, la santé ou le réseau familial jouent aussi, et une partie des inégalités existe avant même l’entrée en maternelle.

Le procès de la méritocratie

Le mot lui-même naît d’une satire. En 1958, le sociologue britannique Michael Young imagine dans The Rise of the Meritocracy une société où les élites, convaincues de mériter leur place, méprisent les perdants. Le philosophe américain Michael Sandel reprend cette critique en 2020 dans La Tyrannie du mérite.

Ses défenseurs répondent que la méritocratie, même imparfaite, reste préférable à toute autre règle. Sans elle, disent-ils, reviennent le piston et la rente. Le problème serait alors l’insuffisance de sa mise en œuvre, et non le principe.

Les débats

  • Universel ou ciblé ? Faut-il renforcer l’école pour tous, ou concentrer les moyens sur les territoires en difficulté ?
  • Mixité sociale. Carte scolaire, secteur privé sous contrat, affectation des élèves : l’entre-soi réduit-il les chances des uns sans améliorer celles des autres ?
  • Discrimination positive. La France privilégie les critères sociaux et territoriaux, et non ceux liés à l’origine.
  • Le niveau d’exigence. Pour certains, l’égalité passe d’abord par l’autorité et les savoirs fondamentaux ; pour d’autres, par les moyens et l’accompagnement.

Ce clivage structure le débat de 2027 (Éducation et jeunesse).

Pour aller plus loin

Dernière mise à jour : 30 octobre 2026.