Cette analyse ne juge pas les choix politiques : elle vérifie si les additions tombent juste et ce qu’elles supposent. Les montants sont ceux des candidats ; la dernière colonne liste les hypothèses dont dépend le résultat.
À retenir
- Le Pen, Mélenchon, Retailleau et Attal ont publié des chiffrages globaux ; Philippe, Glucksmann et Tondelier en partie ; Roussel, Ruffin et Zemmour presque pas.
- Les candidats qui affichent une cible de déficit la situent entre 2030 et 2032, après l’échéance européenne de 2029.
- À droite, le résultat dépend de la capacité à réaliser les économies ; à gauche, du rendement réel des impôts nouveaux.
L’équation de la dette
L’évolution du ratio de dette dépend de trois grandeurs : le taux d’intérêt moyen payé sur la dette (r), la croissance nominale du PIB (g) et le solde primaire, c’est-à-dire le solde public hors intérêts (s).
Variation du ratio de dette ≈ (r − g) × d − s
Avec une dette (d) de 1,2 fois le PIB :
- si r = g, la dette se stabilise seulement quand le solde primaire est nul ; le déficit primaire actuel étant d’environ 3 points de PIB, il faut environ 90 milliards d’euros d’effort net ;
- si r dépasse g d’un point, il faut en plus un excédent primaire de 1,2 point, soit 36 milliards d’euros par an ;
- si g dépasse r, la croissance fait une partie du travail : c’est le pari des programmes qui misent sur la relance.
Le taux moyen payé reste aujourd’hui inférieur à 5 %, mais il converge vers le taux de marché à mesure du refinancement. Avec une croissance réelle attendue autour de 1 % ou moins, l’écart tend à devenir défavorable.
Ce que chaque candidat annonce
| Candidat | Annonce chiffrée | Cible de déficit | Ce qui reste à démontrer |
|---|---|---|---|
| Gabriel Attal | 150 Md€ d’économies sur le quinquennat, dont 20 Md€ dès mai 2027 ; année blanche sur les prestations en 2028 | Sous 3 % avant 2032, équilibre en 2037 | Détail des 150 Md€ ; effet d’une retraite sans âge légal |
| Raphaël Glucksmann | Taxe Zucman ; héritages au-delà de 2 M€ pour 15 Md€ affectés à une baisse de CSG ; 100 Md€ d’investissement vert sur dix ans | Non publiée | Rendement de la taxe Zucman ; financement de l’investissement vert et du SMIC à 1 600 € |
| Marine Le Pen | 140 Md€ d’économies nettes d’ici 2032, dont 29 Md€ par an sur l’immigration ; au moins 30 Md€ de baisses d’impôts ; 28 Md€ de recettes nouvelles, dont 26 Md€ de lutte contre la fraude | Sous 3 % en 2030, équilibre primaire dès 2028 | Rendement de la lutte contre la fraude ; contribution européenne ramenée de 29 à 5 Md€, ce qui suppose l’accord des partenaires ; coût du retour à 62 ans |
| Jean-Luc Mélenchon | Budget 2027 : 106,4 Md€ de recettes nouvelles et 81,7 Md€ de dépenses nouvelles, soit 24,7 Md€ de déficit en moins ; 100 Md€ par an d’investissements via un pôle public bancaire | Pas de cible au-delà de 2027 | Rendement réel des impôts nouveaux ; coût de la retraite à 60 ans ; rôle demandé à la BCE, interdit par les traités |
| Édouard Philippe | Déficit à 2 % du PIB en 2032 ; 50 Md€ d’impôts de production en moins compensés par 50 Md€ d’aides supprimées ; aucun nouvel impôt | 2 % en 2032 | Pas de chiffrage global : montant des économies et gains de la retraite à 65 ans à préciser |
| Bruno Retailleau | 197 Md€ d’économies d’ici 2032 : 146 Md€ pour le déficit, 51 Md€ rendus aux ménages et entreprises | Règle d’or, sans date publiée | Non-remplacement de 400 000 fonctionnaires ; 42 Md€ sur les retraites ; effet récessif |
| Fabien Roussel | ISF triplé, impôt sur les sociétés progressif ; 100 Md€ d’investissements par an | Déficit transitoire assumé | Aucun chiffrage 2027 ; en 2022, l’IFRAP estimait son programme à +155 Md€ de déficit |
| François Ruffin | SMIC à 1 700 € nets, prime de 1 000 € payée par les employeurs | Non publiée | Aucun chiffrage global ; effet sur l’emploi non évalué |
| Marine Tondelier | Taxe Zucman, ISF climatique, héritages, tranche à 60 % ; 7 Md€ par an pour l’adaptation | Renégocier la trajectoire européenne | Accord européen sur l’investissement vert ; rendement des recettes |
| Éric Zemmour | Économies sur les prestations des étrangers ; audit de la Cour des comptes | Non publiée | Aucun chiffrage 2027 |
Sources principales : comparateur IFRAP (fondation libérale), La Grande Conversation (Terra Nova, centre gauche), LCP, document budgétaire LFI.
Ce que dit l’arithmétique
- Aucune cible publiée n’atteint 3 % en 2029. Tous les programmes impliquent soit une renégociation avec Bruxelles, soit un dépassement assumé.
- Deux paris différents. Les programmes de droite et du centre parient sur des économies que les gouvernements précédents ont eu du mal à réaliser. Ceux de gauche parient sur le rendement d’impôts nouveaux sur les hauts patrimoines, débattu par les économistes.
- Un juge extérieur. Quel que soit le programme, l’écart entre taux d’intérêt et croissance décidera d’une partie du résultat.
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À propos de ce dossier
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Dernière mise à jour : 26 octobre 2026.